Coopérative T.E.O: Préservation des littoraux




Basée à la Rochelle, Téo est une société coopérative d’intérêt collectif s’inscrivant dans une démarche d’écologie résiliente. Sa mission consiste à mettre en place un écosystème social et solidaire chargé de préserver les océans. Pour cela, la coopérative développe un réseau de bacs à marée avec des communes, des citoyens volontaires et des entreprises d'insertion. Pouvant être mis en œuvre à l'échelle régionale, ces projets permettent de diminuer l'impact de la pollution plastique et de cartographier les zones d'accumulation des déchets tout au long du littoral. Rencontre avec Fabrice Faurre, directeur de projet chez Téo.


Quand l'aventure Téo a t-elle commencé ?

Durant 13 ans, j'ai effectué de nombreux voyages qui m'ont permis de constater la dégradation progressive des océans, des îles désertes couvertes de plastique, etc. Lorsque je suis rentré en France, en 2009, j'ai réalisé que notre littoral était lui aussi assez dégradé. Pour ne pas seulement dénoncer, mais également devenir acteur, l'idée d'une entreprise citoyenne me paraissait évidente, d'autant que les statuts de la société coopérative d'intérêt collectif existaient depuis 2001. Ce type de structure nous offrait la possibilité de fédérer d'autres personnes, de mener des actions sur le terrain et d'être force de proposition sur des solutions à apporter au problème. Après 2 années de développement sur les aspects techniques et économiques, nous avons crée la coopérative Téo, un bureau d'études hybride. Aujourd'hui, celle-ci compte 2 salariés et 15 membres.


Pourquoi avez-vous opté pour une structure coopérative ?

En matière de transition, ce sont souvent les citoyens ou le milieu associatif qui sont à l’origine des solutions. Au sein de Téo, nous avons acquis une vision plus globale de la situation pour diminuer la présence des plastiques et leur impact sur l'environnement. Aujourd'hui, nous assurons une forme de service public. Pour cela, nous avons mené des études et nous avons travaillé pendant une dizaine d'années avec les acteurs locaux et des scientifiques. Parallèlement, nous avons collaboré avec les professionnels de la mer, en partie responsables de la pollution du littoral. Finalement, les bacs à marée sont devenus une forme de totem qui nous permet de conserver les données liées à l'état du littoral. La coopérative est d'ailleurs très investie sur cette problématique. Désormais, nous faisons partie de l'atelier des déchets marins au ministère de la transition écologique. Nous avons également signé des conventions avec des laboratoires dans le but de travailler sur la nocivité potentiel des plastiques échoués. Ces derniers contiennent en effet des polluants organiques persistants et ne sont pas recyclables.


Quel intérêt présente votre réseau de bacs à marée ?

Les bacs existaient déjà dans certaines communes. Nous avons en revanche crée le réseau des bacs à marée connecté. Nous avons au préalable réalisé un inventaire du littoral afin de localiser les zones d'accumulation. Nous avons ensuite proposé des services, d'abord ponctuels, à des entreprises d'insertion dans le but d'aider les communes à retirer les plastiques de ces zones. Puis nous nous sommes rendus compte qu'il existait une autre solution : imaginer des bacs à marée le long du littoral et permettre à des citoyens de devenir acteurs du changement en participant à la dépollution. De notre côté, nous récoltons des données qui nous permettront de savoir, dans les années à venir, si les déchets sont plus ou moins nombreux, mais aussi de les qualifier, de les tracer et de mesurer l'efficacité des politiques publiques mises en œuvre.



Comment développez-vous le réseau des bacs ?

La création d'un réseau de bacs à marée nécessite en premier lieu un réseau d'entreprises d'insertion afin de professionnaliser l'action. Nous en disposons d'un tout au long du littoral de Nouvelle Aquitaine. Celui-ci compte actuellement une dizaine d'entreprises. Il faut en outre bénéficier d'une mobilisation citoyenne ou associative pour lancer des initiatives locales. Lorsque nous sommes contactés par des communes ou des associations, nous nous rendons sur place afin de travailler ensemble sur une implantation. Cette phase dure environ 1 an. Aujourd'hui, les bacs sont installés tout au long du littoral et une application mobile permet de visualiser les implantations et de signaler quand le bac est plein. Cela permet de cartographier les lieux d'accumulation des déchets. La coopérative Téo gère ainsi une centaine de bacs. Les autres bacs sont pris en charge par différentes structures.






Quel est le modèle économique du réseau ?

Nous menons des compagnes de 6 mois, pendant la période hivernale. Les communes louent un bac et assurent la collecte. Les bacs en bois sont fabriqués par des entreprises d'insertion locales. De notre côté, nous prenons en charge l’ingénierie (compilation des données, mise à jour de l'application, communication, etc.). Cette activité est financée par la région Nouvelle Aquitaine, l'Etat et des sources privées. Cela permet d'éviter un surcoût pour les communes qui doivent au total prévoir un budget de 700 euros par bac installé. Un montant qui peut encore diminuer par la participation financière de collectivités. Les entreprises d'insertion, elles, pèsent et trient le bois, le verre, le plastique et les métaux. Ceux-ci sont ensuite traités ou valorisés, sauf le plastique qui est enfoui ou incinéré.


Le réseau vous a t-il livré de premiers indicateurs ?

Le réseau est en place depuis 3 ans. Nous avions un double objectif : identifier l'accumulation de déchets marins échoués et leur impact écologique, ainsi que le coût du collectage. Pour cela, 678 collectes ont été réalisées sur 50 bacs. Cela nous a permis d'estimer à 2,327 kilos le volume de déchets qui s'échoue sur le littoral par kilomètre entre le nord de la France et la frontière espagnole, soit un total de 2 657 tonnes. Dans 3 ans, avec davantage de bacs suivis, nous analyserons les données afin de savoir si les chiffres se confirment. Actuellement, 75% des déchets échoués sur le littoral sont constitués de plastique. Le coût d'un kilo de déchets rejeté dans la nature est quant à lui d'environ 2 euros.


Quelles sont vos perspectives de développement ?

Nous allons communiquer sur le prix de la dépollution, à savoir 2 000€/tonne, pour insister sur l'importance de la prévention. Nous projetons également de travailler avec Citéo et l'ONF sur la présence des déchets d'emballages sur le littoral. En outre, nous allons essayer de gagner en efficacité. L'application enverra ainsi une alerte pour prévenir les citoyens après une tempête, car c'est à ce moment-là que l'on récolte le plus de déchets. En termes de localisation, nous allons désormais travailler sur la façade ouest avec un nouvel objectif de 100 bacs et développer notre activité sur les fleuves de Gironde, de Charente et des Pyrénées avec de nouveaux partenaires qui récoltent déjà régulièrement des déchets sur les cours d'eau. L'objectif consiste à récolter les déchets en amont des bacs à marée et à identifier leur provenance.




Vous menez également le programme Trait-Bleu...

Voici plus de dix ans que la SCIC TÉO a lancé son programme Trait-Bleu dans le but de diminuer la présence et l’impact des plastiques dans l’océan. Nous avons multiplié les initiatives dont la plus efficiente est le dispositif de bacs à marée que je viens de vous présenter. Celui-ci s’inscrit parfaitement dans les objectifs de la feuille de route NÉO-TERRA de la Région Nouvelle-Aquitaine où il suscite une participation citoyenne et une collaboration avec des associations, des entreprises d’insertion, les services techniques des municipalités et des collectivités, ainsi que les élus. Mais nous allons plus loin. Nous collaborons avec l’université de La Rochelle, le LIENSs, le CNRS, et le laboratoire QUALYSE pour connaître un peu mieux la nocivité potentielle des plastiques sur l’environnement et la santé humaine. Nous travaillons également avec les acteurs principaux du littoral (pêcheurs, conchyliculteurs, ports, Parc Naturel Marin, Office Nationale des Forêts, collectivités de communes, Département, Région et le ministère de la transition Écologique), sur de nombreux dossiers. Pour en savoir plus, j'invite les lecteurs à consulter les sites www.bacamaree.fr et www.teolarochelle.org

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