EDMOND BOUTROS MOSAIC - MAITRE D’UN ART D’ASSEMBLER ENSEMBLE

July 12, 2017

 

Imaginez un homme qui a fait fortune dans le commerce d’antiquités. Imaginez un homme se sentant investi d’une mission sociétale et qui voit dans l’art un moyen de donner aux mots “solidarité” et “protection de l’environnement” leurs lettres de noblesse. Cet homme existe, nous l’avons rencontré !

Cet homme, c’est Edmond Boutros.

Le fondateur d’une école de mosaïque, poursuivant une véritable vocation sociale, pacifiste et environnementale. Un formateur bénévole également, qui parcourt le monde pour sensibiliser le public à cet art, créé par les Phoeniciens et lancé par les Grecs au huitième siècle Av JC, et qui reste d’une remarquable contemporanéité.

Rencontre avec ce faiseur de paix d’un genre nouveau.

 

 

Les Cahiers de l’Environnement : Quelles sont vos activités actuelles et pourquoi vous être lancé dans la mosaïque?

 

Edmond Boutros : J’ai la chance de posséder une très grande galerie d’antiquités de 5 000 m2 à Beyrouth et de compter parmi ma clientèle internationale de grands noms du spectacle, des arts… J’ai donc la possibilité de me consacrer à une mission que j’estime “d’intérêt général”, tant ses bénéfices sont immédiatement mesurables, quelle que soit la latitude sous laquelle vous vous trouvez…

Tout commence en 1987. A l’époque, je suis étudiant en Droit et, chez moi, au Liban, on parle beaucoup de “globalisation”, cette idée qui consiste à promouvoir la libre circulation des biens et des personnes au niveau international. Même si le Liban n’y viendra que très tardivement (au début des années 2000), je me demande déjà, comment tirer parti de cette globalisation. Le Liban dispose d’un atout majeur par rapport à l’Occident : le faible coût de sa main d’œuvre. Je cherche alors quel produit nous pourrions fabriquer au Liban pour le proposer aux pays occidentaux. La solution ne tarde pas à apparaître : la mosaïque. Pourquoi ce choix? Parce que c’est un art qui peut s’adapter à toutes les cultures, qui peut parfaitement être très contemporain, à condition de bien choisir les motifs en fonction du pays concerné. J’étudie ainsi la mosaïque et lance sa production au Liban, comme une industrie.

Cependant, dès l’année suivante, j’ai ressenti le besoin de diversifier mes activités. J’ai alors appelé les mairies du Liban et les ONG et leur ai proposé de donner gratuitement des cours de mosaïque partout dans le pays. Le résultat ne se fit pas attendre : le succès fût immédiat.

 

Les C.E : Pourquoi donner des cours de mosaïque gratuitement?

 

E.B : Vous n’êtes pas sans savoir que de 1975 à 1990, mon pays a traversé une guerre civile sans précédent. Durant toute cette période - et aujourd’hui encore ! -  je n’ai jamais cessé de dispenser mes cours gratuitement et, mes activités commerciales me le permettant, de financer la totalité des pierres et fournitures nécessaires (pinces, colles, plastiques transparents, dessins…) pour pratiquer cet art.

Le public fréquentant mes cours était majoritairement des femmes au foyer qui cherchaient une occupation lorsque leurs enfants et leurs époux étaient absents durant la journée. Mais, très vite, parce qu’elles ramenaient leurs travaux chez elles, parce qu’elles n’avaient pas de moyen de garde des enfants après la classe, je vis mon public s’élargir aux enfants… et même aux maris ! Un vrai lien social s’était créé et, pendant que tout le monde était en train de créer une mosaïque autour d’une table, personne ne pensait à aller se battre dans la rue ! Au total, environ 9000 personnes sont venues assister à mes cours et 1 500 sont devenues professionnelles, réparties dans tout le Moyen-Orient.

 

J’ai ainsi la fierté d’avoir directement contribué à l’émergence de certaines vocations! Aujourd’hui, nos mosaïques s’exportent partout dans le monde. Nous avons un carnet de commandes plein jusqu’en 2022 et nous travaillons - sur la base du volontariat - sept jours sur sept … à un tarif pouvant coûter jusqu’à quinze fois moins cher qu’un salaire occidental. Certains pays européens externalisent même une partie de leur production chez moi.

 

Les C.E : En quoi vos activités revêtent-elles également une dimension environnementale ?

 

E.B : Dès que mes activités de mosaïque ont commencé à avoir du succès, j’ai cherché à savoir comment acquérir mes matériaux au plus juste prix. J’ai donc rencontré les dirigeants d’usines de marbre, de pierres, de céramiques… et leur ai proposé de racheter les parties des matériaux qu’ils ne pouvaient plus exploiter. Je sais très bien qu’en temps normal, ces chutes sont déversées dans les mers ou les rivières et qu’elles représentent des déchets qui ne se dégradent que très difficilement, au fil des siècles. Par ailleurs, elles libèrent des produits toxiques pour l’environnement. Or, rien que parmi 1 500 personnes devenues professionnelles et que j’ai formées, on peut évaluer la consommation de pierres à 1 000 tonnes par mois !

Imaginez le gain environnemental majeur de ma démarche de rachat de ces matériaux!

 

Dès 2005, j’ai ainsi passé des accords avec des ONG spécialisées dans la protection de l’environnement et suis aujourd’hui reconnu comme un acteur majeur du développement durable dans mon pays. Une autre idée s’est alors imposée à moi, comme une évidence…

 

Les C.E : Quelle est cette idée évidente ?

 

E.B : Celle de créer une seconde école. J’ai déjà fondé, il y a vingt ans, mon école de mosaïque qui fonctionne maintenant très bien. Mais, pour parachever ma démarche sociétale et environnementale, l’idée me vint de fonder une école spécialisée dans la création de petits objets à base de matériaux recyclés, comme les pneus, le bois, et tous les matériaux non organiques. Saviez-vous que l’on peut réaliser des sacs magnifiques en pneus? (rires). “L’Ecole technique de l’Art Edmond Boutros” vient donc d’ouvrir ses portes, à Beyrouth. Certes, on pourra toujours y créer de la mosaïque, mais surtout donner une seconde vie aux matériaux qui auraient finis dispersés dans la nature et dont le non-recyclage se serait révélé néfaste pour l’environnement.

 

Les C.E : Que diriez-vous à une personne qui hésite à créer un décor en mosaïque chez elle?

 

E.B : Je lui répondrais qu’aujourd’hui, la mosaïque n’est plus celle qu’on a connu dans les musées, les piscines ou les salles de bain. Elle peut présenter un design très contemporain et s’intégrer à merveille dans un lieu public, comme un hall d’entrée, ou au domicile de tout un chacun, dans un couloir, une cuisine, voire même recouvrir le dessus d’une table, par exemple. Les mosaïques peuvent également s’accrocher au mur, comme des tableaux. Tout est dans la dimension, la forme, la couleur et le dessin. Par ailleurs, la mosaïque résiste à toutes les températures extrêmes. Aucune crainte donc, quant à sa durabilité !

 

Les C.E : Où vous rencontrer, Edmond Boutros?

 

E.B : Je me rends sur chaque salon international majeur dans le domaine environnemental. Ainsi, j’étais présent à BATIMAT, à Villepinte, où j’ai même encore dispensé une formation gratuite en mosaïque ! Mais toute municipalité de France et de Navarre peut me contacter et faire appel à mes services gratuitement. Et comme annoncé, j’apporterai de surcroît tout le matériel nécessaire pour assurer cette formation. Parce que le monde vit des tensions majeures, nous avons plus que jamais besoin de nous retrouver autour d’activités conviviales et créatrices de lien social. Une façon active d’œuvrer pour davantage de solidarité !

 

Edmond Boutros MOSAIC

EMILE LAHOUD, BEIRUT, LIBAN

Tel: 961 4 533333 - Cell: 961 3 333343

http://www.edmondboutrosmosaic.com

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