PYROGREEN : 0 déchet… 0 rejet !


Créée en 2013, l’entreprise Pyrogreen Innovations capitalise 15 années d’expérience en recherches fondamentales sur la gazéification des composés carbonés et plus de 8 M€ investis. Trois ans plus tard, Xavier Maurance, son Président, se déclare prêt à mettre sur le marché le procédé développé par l’équipe de Jacques Proot, son inventeur. Un procédé au spectre élargi par rapport à l’idée originelle et bénéficiant de deux projets pilotes, nécessaires pour démontrer la pertinence de la solution et les bases d’une implantation sur tout site industriel.

Les Cahiers de l’Environnement : Pouvez-vous nous présenter brièvement la technologie créée et développée par Pyrogreen Innovations ?

Xavier Maurance : Tout déchet se compose de matière organique ou minérale. C’est le cas par exemple de l’amiante, 100% minérale, ou du plastique, 100% organique. Pyrogreen Innovation a développé un concept de vitrogazéification permettant de transformer en énergie 100% de la fraction organique et partiellement la fraction minérale, grâce à un ballast réactionnel composé d’un verre en fusion (type obsidienne). La réaction produit un matériau réutilisable comme du sable (agrégat, filtration, abrasif…). Mais vous avez également la possibilité d’obtenir un alliage non-ferreux, qui pourra être ré-exploité pour alimenter les circuits de recyclage. Un cercle quasi vertueux. La méthanation du peu de CO2 généré par la combustion des déchets sera très prochainement proposée. L’objectif sera alors atteint : 0 déchet..0 rejet !

Les C.E : Comment développer un tel procédé?

X. M. : Il nous faut d’abord prouver, grandeur réelle, la pertinence de notre solution. C’est la raison pour laquelle nous avons conçu deux projets expérimentaux : l’un en Bretagne, où il s’agit de traiter 44 000 T/an d’un mix de déchets dangereux et d’OM. Ce projet nécessite 25 millions d’euros d’investissement. Et un autre, de taille plus modeste mais non moins efficient, en Nouvelle Aquitaine, d’une capacité de traitement de 25 000 T/an, pour un investissement de 15 millions d’euros.Dans les 2 cas, la pérennité économique est largement assurée par une triple origine du chiffre d’affaires (redevance de traitement, vente d’énergie, vente des matériaux recyclés).La mise en œuvre de ces deux pilotes industriels est en effet décisive pour valider notre technologie au TRL 8-9. Grâce à ces deux projets de démonstration, nous serons opérationnels courant 2018.Reste à lancer ces projets ! Car même si BPI, la région Bretagne ou l’ADEME soutiennent notre démarche, le besoin de financement à charge de Pyrogreen Innovations reste important. La prochaine étape concerne donc l’organisation d’une levée de fonds pour permettre de lancer l’un des deux projets (ou pourquoi pas les deux ?). Mais les besoins de financements étant lourds, la démarche est complexe. Une alternative réside donc dans le fait de rechercher des accords avec des industriels ou avec des fondations pouvant soutenir notre action. Notre solution est en effet unique au monde et l’accueil de notre technologie à la récente COP 21 a mis en lumière l’intérêt majeur de notre solution au niveau mondial.

Les C.E : Comment se structure votre offre ?

X. M. : Pyrogreen Innovations propose une solution technologique sous forme de licence (droit d’entrée et redevances annuelles), intégrant l’ingéniérie nécessaire pour adapter son offre aux spécificités de chaque territoire, selon le type de déchets à traiter et la priorité énergétique souhaitée.Ainsi, dans les pays froids, Pyrogreen Innovations favorisera les connections à un réseau de chaleur. Dans les zones tropicales, la priorité sera donnée à la production d’électricité. Et en bord de mer ou dans les pays en voie de développement, Pyrogreen a la possibilité de mettre en œuvre des technologies de dessalement, alimentées par l’énergie produite par Pyrogreen. Une véritable synergie de production, donc.

Les C.E : Dans ce contexte, pouvez-vous nous présenter les intérêts environnementaux que représente votre technologie ?

X. M. : Très clairement et simplement, choisir une solution Pyrogreen, c’est mettre un terme à l’enfouissement de ses déchets. Aujourd’hui, nous avons les moyens d‘en finir avec cette technique et il faut que l’ensemble des acteurs environnementaux au niveau international entendent cela. Tout est “simplement” une question de volonté (et de courage ?) environnementale et, in fine, économique. Car quelles peuvent être les conséquences vertueuses de la fin de l’enfouissement ? Elles sont innombrables et je n’en citerai que quelques-unes. Tout d’abord la valorisation des matières énergétiques des déchets ultimes, que ces derniers soient – ou non – dangereux. Et de fait, un arrêt de la mise en décharge, voire le désenfouissement de millions de tonnes amassées durant des décennies et la possibilité de valoriser aujourd’hui ces millions de tonnes.Mais Pyrogreen Innovation, offre aussi la possibilité de récupérer les métaux non-ferreux nobles autour du cuivre, propose une alternative au remplacement des incinérateurs en fin de vie, et garantit l’indépendance territoriale du traitement des déchets. Un “séisme” dans le secteur du traitement des déchets, puisque la France ne dénombre actuellement que onze centre de traitements de déchets dangereux (tous en enfouissement). Ces derniers n’étant pas répartis uniformément sur le territoire national, certaines régions sont obligées d’importer ou d’exporter leurs déchets aux quatre coins du pays. Une hérésie au regard du risque inhérent au transport lui-même, et une augmentation non négligeable de l’empreinte carbone de chaque territoire.Dans ce contexte, Pyrogreen donne la possibilité aux collectivités territoriales de valoriser sur place et en toute indépendance le spectre quasi complet de leurs déchets ultimes. Une solution éco-responsable et économiquement pérenne.

Les C.E : Avez-vous un exemple concret pour nous convaincre de tout l’intérêt des solutions Pyrogreen Innovations?

X. M. : Avec notre procédé, nous aurions pu traiter définitivement et sans nuisance pour l’environnement les stocks de sables contaminés lors des différentes catastrophes pétrolières le long des côtes bretonnes. A l’époque, le mélange sable + pétrole + dispersant chimique + sel n’était pas traitable par des solutions classiques d’incinération. Aujourd’hui, nous aurions, avec Pyrogreen Innovations, la possibilité de le faire, dans le respect de l’environnement.

Les C.E : Prochaine étape de votre déploiement ?

X. M. : Trouver un partenaire qui ait la capacité de soutenir l’investissement nécessaire pour déployer les solutions proposées. Sachant que la France a une capacité de 500 installations comme celles que nous pouvons proposer et que chaque installation crée 30 emplois directs non délocalisables, notre démarche s’inscrit dans une véritable économie sociale du recyclage à laquelle, je l’espère, certains industriels ne demeureront pas insensibles… Appel lancé !

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